A l’arrière

A l’été 1914, Nice, ville frontalière d’environ 142 000 habitants, prend l’allure d’un camp retranché, d’une plaque tournante pour la mobilisation des troupes. Même si l’état de siège se détend quelque peu lorsque l’Italie entre en guerre aux côtés des alliés (1915), la population de la « capitale » du tourisme d'hiver est confrontée à des difficultés (ravitaillement, emploi…) inédites, contrastant avec l’humeur joyeuse qui y régnait encore lors du Carnaval et le luxe élégant affiché sur l’hippodrome du Var en début d’année.

Les industries, artisans et commerces niçois qui travaillaient pour les riches hivernants se mettent au service de l’armée. Des soupes populaires s’organisent pour les « familles nécessiteuses » : celles des travailleurs mobilisés, augmentées du flot de réfugiés belges, serbes ou meusiens que l’avancée des troupes ennemies a chassés.

Réquisitionnés, les grands palaces sont transformés en hôpitaux sous l’égide du service de santé aux armées : bientôt les blessés affluent qui, quand leur état le permet, se mêlent aux permissionnaires sur la promenade des Anglais avant de rejoindre les unités combattantes. Ceux qui meurent sont inhumés dans le carré militaire du cimetière de Caucade, parmi lesquels de nombreux tirailleurs sénégalais.

Plus de 3 000 familles niçoises reçoivent en quatre ans la triste nouvelle de la disparition au front d’un de leurs proches.

Après 1918, la ville semble se remettre plus rapidement que les zones dévastées par les combats. Mais avec la disparition des anciennes aristocraties européennes, son économie va devoir se réinventer.