Au front

Avant guerre Nice est une ville de garnison (Intendance militaire, Service de santé, Génie, 163e Régiment d’infanterie, Artillerie à pied, 6e bataillon de Chasseurs alpins, Artillerie de montagne, 54e régiment d’Infanterie coloniale).

Dès août 1914, les soldats mobilisés montent au front, envoyés pour l’essentiel en Lorraine, composante du XVe corps, ces « Provençaux » que l’état major accusera d’avoir lâché pied pour masquer l’incompétence du haut commandement.

Comme un cruel démenti à ces accusations de lâcheté, au long des quatre années de combat, les Niçois vont verser leur sang en Alsace-Lorraine (Lagarde, Dieuze, Hartmannswillerkopf), Meurthe-et-Moselle (Flirey), dans la Meuse, la Marne, la Somme, l’Aisne et outre-mer : sud-Tunisien, Serbie, Macédoine, Grèce. A leurs côtés, de nombreux Italiens engagés dans la légion étrangère ont perdu la vie dans les combats de l’Argonne au ravin des Meurissons.

 

Flirey

Tous les Niçois connaissent l'avenue de Flirey, une des artères principales de Cimiez. Mais peu savent qu’elle porte le nom d’un petit village lorrain de Meurthe-et-Moselle, témoin de sanglants combats, alors même qu’une plaque y rappelle depuis 1948 le sacrifice des poilus niçois. Le 23 mars 1923, sur une suggestion du docteur Fulconis, conseiller général et président de l’amicale du 1er bataillon du 163e régiment d’infanterie, le conseil municipal décide de donner le nom de Flirey à la partie de l’avenue comprise entre les arènes de Cimiez et le Cap de Croix « pour commémorer la bataille qui y eut lieu en 1915 et où nos régiments régionaux se distinguèrent avec tant de bravoure ».

 Situé non loin de la frontière allemande, au carrefour des routes entre Saint-Mihiel et Pont-à- Mousson, le village de Flirey était en effet devenu dès les premiers mois de la guerre une position stratégique. En septembre 1914, de violents combats se déroulant dans la région du Bois-le-Prêtre, Flirey avait constitué une cible privilégiée du pilonnage de l’artillerie allemande. La ligne de front, longue de 16 kilomètres, s'étendant entre Flirey et Apremont, les Allemands organisèrent leur ligne de défense à la lisière du bois de Mort-Mare, tout proche du village. Une année durant, à compter d’avril 1915, plusieurs assauts français se soldent par des échecs sanglants. La défense de Flirey compte parmi les combats les plus pénibles et les plus meurtriers du Saillant de Saint-Mihiel. La souffrance des poilus y atteint un sommet au point que des mutineries éclatent. Plusieurs régiments se sont succédé sur ce front, dont les Niçois du 163e régiment d’infanterie et du 7e Génie de Riquier. 

Sur l'ancien champ de bataille de Flirey une plaque commémorative a été apposée en 1933 en présence du président de la République, Albert Lebrun, et du maire de Nice, Jean Médecin, en souvenir des poilus azuréens du 163e régiment d'infanterie de Nice tombés au champ d'honneur dans la campagne de Flirey, entre avril 1915 et mars 1916. La Ville de Nice a financé sa restauration en 2008. Plus de 90 noms d’entre eux figurent sur le monument aux morts de Nice, de tout grade : le capitaine Aulois, 4 caporaux, 11 sergents et de simples soldats, asphalteurs, cantonniers, cultivateurs, bouchers, employés du Tram, garçons de café, employés de casino, etc.

Verdun

La bataille de Verdun (21 février-19 décembre 1916) a un statut exceptionnel dans la mémoire collective résumant à elle seule résume la Grande Guerre, dont elle est le symbole et l’emblème. « Qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre ! ».
Cependant, elle n’a pas été la plus meurtrière pour les Niçois avec quelques 265 hommes tombés lors la défense de la place forte meusienne, soit environ 7 % seulement des noms portés sur le monument aux morts de Rauba-Capeu. On peut y ajouter une cinquantaine supplémentaire, morts des suites de leurs blessures dans divers hôpitaux militaires à l’arrière du front.
Toutefois, certains régiments niçois ont été spécialement impliqués : le 163e RI à Malancourt et Avocourt, le 311e RI au Mort-Homme et au « boyau de la Caillette », le 112e RI et le 173e RI à la « cote 304 ». Pour célébrer le sacrifice des combattants corses et niçois, un mémorial en l’honneur du 173e RI a d’ailleurs été érigé à Esnes-en-Argonne.
Mais la bataille de Verdun a encore, comme celle de Dieuze en août 1914, été l’occasion de brocarder les « Midi » : le 20 mars 1916, une offensive allemande sur le bois de Malancourt anéantit le 111e RI d’Antibes, provoquant sa dissolution. On soupçonnera même un temps les malheureux soldats disparus au combat d’avoir déserté…

Dès le 31 août 1917, le conseil municipal décide de rebaptiser l’avenue Masséna (qui mène au jardin public Albert Ier)  « avenue de Verdun » : « en donnant le nom de Verdun à l’avenue Masséna, une des artères les plus importantes et les plus belles de notre ville, le conseil municipal, par sa délibération du 31 août 1917, a voulu rendre un hommage éternel aux héroïques soldats qui, pendant de longs mois, au milieu de souffrances inouïes, ont tenu en échec la formidable ruée des forces allemandes jetées contre la place de Verdun et ont ainsi constitué le rempart inexpugnable de la Patrie ».