Francis Giaume


François Félix GIAUME dit Francis, mort pour la France à 17 ans

Le Niçois Francis Félix Giaume dit Francis, né le 16 septembre 1899 à Genève, est un de ces « enfants soldats » qui ont devancé l’appel pour rejoindre le front. Il est mort pour la France le 7 décembre 1916 à l’hôpital de Fraize (Vosges), après avoir passé presque deux ans au front, aux côtés des chasseurs du 27e bataillon. Le bataillon avait auparavant éprouvé de grosses pertes dans le bois de Saint-Pierre-Vaast à Rancourt (Somme) et sur le front des Vosges, à l’Hartmanswillerkopf.

Nous apprenons avec une vive peine la mort de notre brave et, tout jeune concitoyen Francis GIAUME, soldat, engagé volontaire au 67e bataillon de chasseurs alpins, tombé glorieusement au champ d’honneur le 7 décembre 1916, à l’âge de 17 ans et 3 mois, décoré de la Croix de guerre. Il avait 23 mois de front.

Francis Giaume était parti à 15 ans, à l’insu de sa famille, pour suivre le bataillon. Ses parents voulurent le faire revenir, mais sur ses instances, ils consentirent à le laisser avec ses grands amis, comme il appelait les chasseurs, et ils le recommandèrent au lieutenant Toussaint Angeli que la famille connaissait.

L’enfant fut adopté. Il se fit remarquer par son zèle et son dévouement à s’acquitter de son devoir militaire. Il suivit le bataillon dans tous ses déplacements et fut de toutes les affaires auxquelles le bataillon dut prendre part.

Toujours en avant, il fallait refréner toute son ardeur et l’obliger à modérer son zèle. Dévoué et courageux, il s’offrit maintes fois pour remplacer des pères de famille en première ligne. Il faisait l’admiration de tous les poilus, qui, bien entendu, veillaient sur lui. Quand il eut atteint sa dix-septième année, il contracta un engagement, avec le consentement de son père. Sa joie fut grande, bien qu’il connût déjà la vie de soldat et en exerçât toutes les charges.

Après avoir pérégriné et combattu sur un grand nombre de points du front, le 67e bataillon de chasseurs alla dans la Somme et s’y distingua. Francis Giaume fut parmi les plus braves et sa conduite lui valut la belle citation suivante à l’ordre du bataillon, avec la croix de guerre :

 « Coureur. Malgré un bombardement violent et continu a assuré son service de liaison nuit et jour, du 20 au 25 août 1916 avec le plus grand sang froid ».

La croix de guerre fut épinglée sur la poitrine du jeune héros devant tout le bataillon, par le commandant qui lui donna l’accolade et tous les poilus l’acclamèrent.

Le 67e Chasseurs retourna à… où la mort couronna splendidement la courte et belle existence de Francis Giaume, dont deux années ont été généreusement consacrées à la défense de la Patrie.

Le 7 décembre, à 8 h, ce valeureux soldat était à son poste, en sentinelle avancée, l’œil au guet et l’oreille tendue, lorsqu’il vit quelques boches sortir d’une tranchée à vingt-cinq mètre de lui et se dirigeant vers lui. Sans perdre son sang-froid, il ouvrit un feu nourri pour arrêter l’assaillant et en même temps donner l’alarme. Tout en tirant, il criait : « Vous ne passerez pas ! », écrit un soldat qui se trouvait parmi les renforts accourus au premier coup de feu. Au moment où son lieutenant arrivait avec du renfort, Francis tombait en poussant un gémissement : une grenade lui avait fait à la cuisse une blessure mortelle.

Pendant qu’on le pansait il dit à son lieutenant : « Que l’on prévienne le lieutenant Angeli car je ne le verrai plus ». Il mourut en brave, comme il avait combattu, et n’eut pas une plainte.

Ajoutons que le communiqué officiel a relaté cette alerte et la lutte qui s’ensuivit pour la prise de la tranchée qui fut vaillamment défendue et les Allemands repoussés.

Le père et la mère du jeune héros, prévenus par dépêche, partirent aussitôt et eurent encore la douloureuse joie de voir leur enfant et de pouvoir l’embrasser dans le cercueil où il semblait dormir.

Francis Giaume était le fils de nos concitoyens bien connus Mme et M. Florentin Giaume qui tiennent une épicerie et un débit de vin au Comptoir Ferber, 260, avenue de la Californie et dont un autre fils Joseph, soldat de la classe 16 est aussi sur le front dans le 35e de ligne, et a été également l’objet d’une belle citation et décoré de la croix de guerre.

Nous adressons à M. et Mme Florentin Giaume nos condoléances émues et nous saluons la mémoire de leur fils glorieux.

 L’Éclaireur de Nice, 17 décembre 1916

Deux autres jeunes héros niçois sont morts à 17 ans :

  • l’Italien Vincent Jean Ferrando (1897-1914) s’était engagé à Montélimar dès le début de la guerre comme « étranger volontaire » et avait disparu dans le bois de Lachalade en Argonne, le lendemain de Noël 1914, lors d’un assaut donné par le 4e régiment de marche de la légion étrangère
  • et le Corse Jean Marie Laurelli (1898-1915), caporal au 2e régiment d’infanterie coloniale, tué au moulin de Souain en Champagne.