Charles Tomasini


Fragments de la lettre que le commandant Roussel, du 47e d’artillerie, adresse à Mme Tomasini, à propos de la mort du colonel Tomasini, du même régiment :

Le 6 septembre à 4 heures du soir, à la bataille de l’Ourcq, sur la croupe Est du village le Bas-Bouillancy, mes trois batteries, qui se trouvaient à environ un kilomètre sur le village d’Acy,dans lequel Français et Allemands se battaient, étaient prises à partie par un feu violent d’obusiers allemands ainsi que par une fusillade nourrie à moins de 500 mètres.

Le colonel qui se trouvait à ce moment au groupe Lascols, à un kilomètre en arrière, n’écoutant que son devoir et entrainé par sa bravoure voulut se rendre compte du danger que nous courrions. Il monta à cheval, et, accompagné de son ordonnance, se dirigea vers nous.

Il a à peine fait 400 mètres qu’il est frappé à la cuisse gauche par un obus qui lui fait une affreuse blessure. Il a la force de faire signe à son ordonnance qui l’aide à descendre de cheval, le pose à terre et lui fait rapidement un lit de paille avec des gerbes de blés qui se trouvaient là. Un fantassin mitrailleur du 35e régiment qui venait ravitailler en cartouches sa mitrailleuse, passe à côté de lui et veut lui porter secours : « Allez, allez vite, lui dit-il, les cartouches ont plus d’importance que moi » puis il ferme les yeux et s’évanouit.

Un officier d’état-major du général Faes, le capitaine Gilquin, passe, s’enquiert et fait chercher un médecin et des brancardiers dans les environs. Ceux-ci arrivent aussitôt mais déjà le colonel ne donne plus signe de vie.

Le colonel Tomasini est mort en brave au champ d’honneur et il repose en paix dans un cimetière qui a dû vous être indiqué officiellement.

Depuis le début de la campagne, il faisait l’admiration de tous les officiers du régiment par sa belle bravoure, souvent trop téméraire. Les chefs d’escadron et ses officiers adjoints, le lieutenant de réserve Japy en particulier, lui faisaient souvent observer qu’il s’exposait trop ; mais il ne répondait pas et marchait toujours de l’avant, calme et superbe d’audace : son unique préoccupation était de bien juger de la situation et de placer l’artillerie là où elle devait être le plus efficace.

Deux heures environ avant le coup fatal, nous cherchions ensemble la position que je ferais prendre à mes batteries et je lui faisais remarquer que nous étions trop avancés et sous le feu de l’artillerie ennemie : il s’est légèrement reporté en arrière, comme à regret.

Il m’appartenait et c’était mon devoir de recueillir sa dernière parole, et peut-être sa dernière pensée qui a dû s’envoler vers Nice dans un suprême adieu : le destin ne l’a pas permis.

Je conserverai de lui le souvenir d’un chef énergique et foncièrement bon, d’un homme d’une droiture et d’une vaillance à toute épreuve, d’un ami sûr.

Signé : Commandant ROUSSEL

Lettre publiée dans Le Petit niçois du 14 octobre 1914

Le lieutenant-colonel Charles Tomasini (1862-1914), né à Paris, est tombé à Acy-en-Multien (combat de l’Ourcq) le 6 septembre 1914 à l’âge de 52 ans. Chevalier de la Légion d’honneur, il laisse une veuve, domiciliées 10 rue du Congrès à Nice.