Joseph Ménardi


Le soldat Joseph Ménardi, conducteur à la Cie T.N.L. soldat au 311e de ligne, 4e compagnie, écrit à sa femme la lettre suivante :

C’est dans une forêt que j’écris ma lettre. Nous faisons comme le Juif- Errant, toujours à la chasse de l’ennemi, le jour comme la nuit.

Il faut avoir l’œil bon et les mollets solides. C’est très dur. Car avec la guerre nous avons eu dix jours de pluie.

Le soir l’on se couche pendant quelques heures là où l’on se trouve, quelques fois dans les greniers des paysans, avec de la paille, s’il y en a. Tu sais on n’est pas à la maison, et c’est là où l’on voit les hommes.

Nous avons rencontré l’ennemi pour la première fois le 1er septembre. Depuis, presque jour et nuit, on se bat. La guerre, c’est terrible. Quel massacre !!! Pauvres « Boches », qu’est-ce qu’ils prennent pour leur rhume !!! Enfin, voilà 28 jours que je soutiens la lutte, et je m’en porte pas mal. Naturellement je suis un peu fatigué, car nous dormons presque toujours habillés et prêt à faire face à l’ennemi auquel plus que très souvent, nous infligeons des pertes cruelles. De notre côté, j’ai perdu quelques amis et moi, grâce à Dieu, je suis encore debout et j’espère aller jusqu’au bout et apporter à Nice le souvenir de nos belles victoires qui nous coutent tant de sacrifices ! Nous avons fait des quantités de prisonniers allemands et tous ne cessent de répéter : « Vous, les Français, vous n’avez qu’une chose de plus que nous, c’est le courage. Que vous êtes terribles quand vous attaquez à la baïonnette. Vous êtes admirables !! »

Paroles d’ennemi qui disent bien la vérité. Pour mon compte. J’ai déjà fait un prisonnier bavarois. J’étais sentinelle avancée devant l’ennemi. Il était caché dans un buisson. Quand il me vit, il chercha son fusil, mais je l’avais déjà en joue et le sommai de se rendre. C’est ce qu’il fit immédiatement. Je l’emmène au poste où je reçois des félicitations de mes officiers et de mes camarades. Quelques minutes après j’étais de nouveau à mon poste d’observation.

Cette nuit là il pleuvait à torrents. Quelques jours avant, un boulet allemand éclate à 10 mètres de moi et un éclat me déchire la manche gauche sans me blesser.

Quelle veine : à l’autre le 25, une balle brise mon fusil pendant que je tirais. Cette fois c’est le fusil qui m’a sauvé. C’est vraiment de la veine ! Malgré tout cela, je continue à faire tout mon devoir et très tranquillement, je t’assure.

Joseph Ménardi

Lettre publiée par Le Petit niçois du 25 octobre 1914.

Joseph Menardi est tombé le 12 décembre 1914 à Rupt-de-Mad (Meuse). Il avait 32 ans.